L'IA produit du code, des visuels, des maquettes. Elle a pris ma production, pas mon expertise. Nuance vitale, exemples historiques à l'appui.

Oui, l'IA écrit du code. Oui, elle le fait vite, parfois bien, souvent mieux que le jeune dev que j'étais en 2006. Alors est-ce qu'elle m'a pris mon taff ? Réponse honnête : elle m'a soulagé d'une partie de mon travail. Mais mon travail n'a jamais été mon métier (tu la sens la nuance ?).

Production et expertise : le malentendu de base

Mon travail effectif (taper des lignes, câbler un formulaire, décliner une maquette) est automatisable, et il l'est déjà en partie. Mon expertise, elle, c'est tout ce qui se passe avant et après la production : savoir quoi construire, pourquoi comme ça et pas autrement, reconnaître le code qui va exploser en production dans six mois, dire non à la fonctionnalité qui va ruiner le projet. L'IA génère des réponses ; l'expertise, c'est de poser les bonnes questions et de juger les réponses. Un LLM te sort trois solutions avec le même aplomb ; encore faut-il quelqu'un pour voir que la deuxième peut effacer la base de données (oups !).

C'est le vieux paradoxe de la facture du réparateur : 1 € pour le coup de marteau, 99 € pour savoir où frapper. L'IA vend des coups de marteau à volonté. Le « où » reste hors catalogue.

Les photographes ont déjà vécu ce film

Quand les banques d'images ont explosé, on a prédit la mort du freelance photographe : pourquoi payer une séance quand une photo « poignée de main corporate » coûte trois euros ? Résultat : la photo générique est devenue une commodité qui se reconnaît à dix mètres, sourire dentifrice et lumière de salle d'attente compris. Le photographe qui vendait des déclenchements a souffert ; celui qui vendait un regard, une direction, une image que personne d'autre ne pouvait faire, a vu sa valeur monter.

La commodité a tué la production banale et révélé l'expertise. L'outil nivelle l'exécution, pas l'intention.

Ce que l'IA change vraiment pour un dev

Concrètement, l'IA déplace la valeur vers trois endroits :

  • L'architecture : elle code très bien à l'intérieur d'un cadre ; c'est toi qui poses le cadre. Une base saine, des conventions claires, et l'IA devient une excellente exécutante. Un projet mal structuré, et elle empile du n'importe quoi avec enthousiasme.
  • La revue : relire, tester, refuser. Le métier glisse de « celui qui écrit » vers « celui qui répond du résultat ». On ne paie plus quelqu'un pour taper, on le paie pour signer.
  • Le contexte client : l'IA ne connaît ni ton client, ni son historique, ni le vrai problème derrière la demande. Traduire « je veux un site moderne » en cahier des charges viable, aucun modèle ne le fait, surtout quand la bonne réponse est « vous n'avez pas besoin d'un site, vous avez besoin d'un formulaire ».

Le piège serait de se battre sur le terrain de la production : concourir au volume contre une machine qui ne dort pas, c'est perdu d'avance.

Demande aux copistes ce qu'ils ont pensé de l'imprimerie.

Le bon terrain, c'est celui du jugement : plus la production devient gratuite, plus le tri entre le bon et le médiocre devient précieux.

Douce ironie : en inondant le monde de code et d'images corrects-mais-quelconques, l'IA rend l'œil expert plus indispensable qu'avant.

Donc oui, l'IA m'a pris une partie de mon taff : la partie qui m'ennuyait déjà, gouttière, règles de positionnement optimisation etc (et le 100% Lighthouse !!). Elle m'a laissé la partie qui fait que des clients reviennent : vingt ans à savoir où frapper. Et ça, ce n'est pas dans le jeu d'entraînement.

← Retour au playground